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Les origines de la méthode

La Méthode d’observation d’un bébé dans sa famille, inaugurée par Esther Bick (voir article sur Esther Bick )il y a une cinquantaine d’années, a connu un succès croissant et des développements et extensions dans de multiples directions. Le but de cet article est de proposer au praticien, soucieux de se former ou de s’informer, quelques lignes directrices et points de repères lui permettant de situer ce courant de pensée dans sa spécificité et son originalité, d’en préciser les origines et champs de référence, ainsi que les axes méthodologiques fondamentaux permettant de distinguer différents niveaux de congruence dans les applications actuelles.
Cela concerne essentiellement le champ de la formation et des applications dans les pays francophones. Un questionnaire international est en cours d’étude et devrait permettre d’étendre cette recherche à tous les pays où s’est développée une pratique de l’observation de bébé.

FILIATIONS :

1. Dans l’histoire de la psychanalyse.

Lorsqu’on parle d’observation de bébé dans l’approche d’Esther Bick, on se situe clairement dans une filiation psychanalytique. Si on s’autorise des approximations, on peut suivre l’évolution des concepts théoriques en psychanalyse de façon « panoramique » : 

On peut dire que le développement de la psychanalyse s’est fait en remontant le temps et en reculant les limites pensables du début de la vie psychique. 

Avec les propositions d’Esther Bick, nous nous trouvons confrontés à des hypothèses sur la vie psychique prénatale, qu’il est particulièrement intéressant d’associer à celles formulées par Bion (bien que contemporains  et tous deux analysants de Mélanie Klein, ils semblent n’avoir pas eux-mêmes fait ces liens(Haag, 2002 )

 

Freud, à partir du travail analytique avec des adultes,  incitait ses élèves (dont le père du célèbre Petit Hans) à observer des enfants; on peut même considérer qu’avec l’observation bien connue du jeu à la bobine de son petit-fils de 18 mois, il fonde l’observation de bébé comme une façon d’apprendre de l’expérience, d’où découleront les hypothèses interprétatives. « Nous parvenons à de telles hypothèses spéculatives en nous efforçant de décrire les faits de l’observation quotidienne dans notre domaine et d’en rendre compte ». 

 

Mélanie Klein, à partir de sa pratique avec des jeunes enfants, incitait à observer des bébés, avec la même attitude de base : partant du constat que « la vie psychique des très jeunes enfants est encore un mystère pour la plupart des adultes », elle insiste sur la nécessité d’aiguiser « notre faculté d’observation ». 
C’est ce même état d’esprit que nous allons retrouver dans l’approche d’Esther Bick : il va s’agir également de se référer aux données de base de l’observation, de se dégager des aprioris, c'est-à-dire d’ « apprendre de l’expérience » (on reconnaît ici le titre de l’ouvrage de W. Bion « Learning from experience », traduit malencontreusement, selon moi, par « Aux sources de l’expérience », formulation plus poétique, mais faisant perdre la référence essentielle à l’expérience vécue comme fondement de l’apprentissage).

2. Au travers des formateurs.

Il serait sûrement instructif d’étudier le développement des idées en fonction de ces filiations : établir un arbre généalogique ferait ainsi apparaître des « branches de l’évolution » et permettrait de les référer aux modifications des pratiques et aux infléchissements et développements théoriques. Je vais me contenter plus modestement de présenter quelques jalons permettant de se repérer, essentiellement dans les développements en France.

 

Après Esther Bick, Martha Harris a repris de 1960 à 1979 le cours sur l’observation à la Tavistock et l’a largement ouvert et popularisé. Actuellement, il est assuré par Gianna Williams. La Tavistock Clinic organise tous les 4 ans des Conférences réservées aux formateurs internationaux. De cette « branche », qu’on pourrait dire « directe institutionnelle », ont essaimé des Cours d’observation sur le « modèle-Tavistock » où la formation à l’observation est intégrée dans un cursus global de formation de thérapeute d’enfant : en France en est issu en 1990 à Lorient, le cours d’observation donné par l’ « Association pour l’Etude du Développement et de la Psychopathologie de l’Enfant et de l’Adolescent ».

Une antenne de ce cours a été mise en place depuis peu par A. Ciccone à Lyon. 
À Lyon, Annick Comby avait introduit l’observation de bébé dés1977, suite à sa double formation auprès d’Esther Bick à la Tavistock et à la Société Britannique. M. Deplagne, Psychiatre-Psychanalyste (S.P.P.) se situe dans cette filiation et assure en privé un séminaire de formation.

 

Parallèlement au développement de l’Infant Observation à la Tavistock, Esther Bick a continué à former des élèves à la Société Britannique de Psychanalyse et en privé.

Le développement important en France de la méthode est dû à l’enthousiasme et à la volonté d’un petit nombre de pionniers de cette « branche directe privée », formés par Esther Bick, qui apparait ainsi en place de 2ème génération. A partir de 1977,  Geneviève et Michel Haag, Cléopatre Athanassiou et Anick Maufras du Chatelier effectuent chacun une observation de bébé supervisée par Esther Bick. L’enregistrement de ces supervisions, rapporté par Michel Haag, constitue un témoignage direct et très émouvant du style personnel de l’enseignement d’Esther Bick, irremplaçable pour ceux qui n’ont pas eu la chance de la connaître. (Haag M. 2002)

Une troisième génération d’élèves, dont certains deviendront formateurs à leur tour, va ainsi émerger de formations la plupart du temps privées, entrecroisées pendant quelques années avec un séminaire animé à Paris par Hélène Dubinsky (analyste senior à la Tavistock). Avec la ténacité d’un engagement militant, Anick Maufras a ainsi supervisé, pendant des années, des observations en province (Brest, Marseille, Caen, Bordeaux…) Michel et Geneviève Haag ont fait de même à Toulouse. 

 

Actuellement, certaines formations sont organisées en lien avec des institutions facilitant la prise en charge financière.

Même si nous sommes loin en France d’une formation à l’observation de bébé intégrée dans le cursus officiel des sociétés psychanalytiques, néanmoins un certain nombre de croisements institutionnels peuvent œuvrer dans cette perspective. Une sensibilisation des psychanalystes et thérapeutes en formation à la méthode par leur participation à un séminaire de supervision d’observation de bébé permettra peut-être dans l’avenir à de nombreux collègues d’apprécier la richesse de cette approche.

 

Beaucoup de formations sont organisées de manière privée. Depuis 1995, des formateurs regroupés en Association Francophone des Formateurs à l’Observation de Bébé selon Esther Bick (AFFOBEB) se réunissent pour 3 journées de travail par an avec les collègues ayant introduit l’observation de bébé en Belgique ( Annette Watillon ; Rosella Sandri).

Le développement de l’enseignement et de la formation à cette méthode se fait ainsi dans un processus de transmission et filiation où l’engagement personnel est très important, reflété par l’engagement dans le temps : en effet, la supervision d’une observation complète se déroulera sur une durée de 2 et 3 ans et il est recommandé aux futurs observateurs d’avoir suivi, au moins partiellement, une observation en tant qu’auditeur avant d’occuper eux-mêmes cette place.